Autour du viol et d’autres

C’est plus intéressant : Je connais un violeur [1]. On y retrouve une grande variété de cas et de témoignages. C’est bien qu’on encourage aux femmes de donner son témoignage et de porter plainte.

En fin, c’est bien qu’on encourage toutes les victimes ; c’est à noter qu’il n’y a qu’un témoignage d’un homme. Ceci nous donne aussi une idée de jusqu’à quel point les agressions sexuelles et viols à des enfants et des garçons (et à des hommes) sont quelque chose de sous-estimée et de tabou.

Par rapport à moi-même, je pense que je n’ai pas jamais trouvé (ni ici, ni ailleurs) aucun témoignage qui se rassemble à mon cas ; ce qui s’est passé la nuitée N [2, 3, 4, 5]. Peut-être il y a quelque élément en commun dans quelque narration, mais c’est différent.

I) Considérations générales

C’est possible que je me précipite de dire que la qualification d’un acte (dans son contexte) comme un viol relève de l’intersection de plusieurs dimensions, sociales et personnelles, entre d’autres : le droit, l’entourage, la politique, les croyances, les positions sociales des impliqués et sa construction mentale du monde (le cas). (*)

Désolé de mettre des problèmes, mais quelques-uns de ces témoignages me génèrent des questions. Dans quelque cas (i) il me parait que le viol est très clair, (ii) dans des autres c’est moins clair et (iii) il en reste une partie que à mon avis c’est plus difficile de comprendre. Dans ces derniers cas il parait qu’il y a eu quelque sorte de consentement (peut-être contraint) ou non refus et c’est après (parfois des années après) que les faits sont qualifiés de viol (parfois ce n’est pas la personne qui les qualifie, mais un/e « expert/e »).

En lisant des témoignages je ne vois pas toujours si claire la distinction entre viol et par exemple ceci : « Dans la plupart du monde, les femmes ne sont pas maîtres de leur propre corps, et même aux Etats-Unis, les femmes acceptent trop souvent d’avoir des rapports sexuels qui ne leur apportent aucun plaisir”, confie-t-elle à Creem » [6].

Lorsque je parle de ces problématiques, il est possible vous pensez tous que je suis un violeur. Je crois plutôt que je parle d’une chose que vous n’osez pas en parler.

Où elle est la frontière exacte entre accepter des rapports sexuels sans plaisir et un viol ? Où elle est la frontière exacte entre ne pas être la maître de son corps (et sa tête ?) et subir un viol ? Entre « il m’a contraint », « il a insisté » ou « il m’a convaincu » ?

Il parait qu’on trouve toute une gradation de cas. Au fur et à mesure qu’on enlève éléments qui contribuent à qualifier un acte de viol, parfois il parait qu’on va vers un terrain inconnu (moins connu) où on ne divise pas très bien les limites et les frontières.

On sait que les outils qu’on dispose pour nous y aventurer ne sont pas de tout les correctes (outils traditionnels, patriarcales,…). En plus, il faut se demander si quelqu’un(e) peut s’octroyer la position d’établir les frontières exactes, se nommer le dénominateur pour son cas et tous les autres. Je suis de l’opinion que si quelqu’un dit « oui, moi », alors on aura trouvé un baratineur.

On ne peut pas bien délimiter ce qu’on ne connait pas bien. La vie est un mystère : il faut savoir l’accepter. À mon avis, c’est alors quand la prise de position et l’acte (politique) prend son plein sens.

II) Réflexions autour mes propres expériences

À partir de ma propre expérience, je vais essayer de faire quelques réflexions sur  la sexualité et les expériences traumatiques. Je ne veux pas illustrer les autres sur ce qu’ils doivent penser de leurs cas, en spécial aux femmes. Je veux aussi témoigner et essayer de mettre en évidence quelques problématiques. (*)

Prenons cette histoire (a) où j’ai un black-out sur les évènements de la nuit  [7]. Ce n’est pas que je n’ai pas aucun souvenir, j’ai des souvenirs vagues et décousus et je ne sais pas très bien comment nous sommes arrivés là.

Pour moi, ce n’a pas été quelque chose de traumatique, au contraire, c’a été quelque chose plutôt positive, mais au même temps elle m’a laissé une sensation un peu bizarre. Parfois j’essaye encore de régler mes souvenirs et ma façon de les interpréter. Alors, je pense que ne peux pas bien l’isoler des autres cas de ma vie. Je pense qu’elle ne m’aurait jamais fait du mal et je ne voudrais pas lui faire (ou je le crois) ; ceci n’est pas la solution que je cherche.

On pourrait aussi se demander le cas inverse, la possibilité que j’aie fait quelque chose qui n’était pas bien. Je ne m’en souviens pas. Elle pourrait dire presque tout ce qu’elle voulût. En fin, je pense que c’est difficile d’argumenter qu’un mec qui se tient presque pas en pied et qu’il n’est pas capable de (main)tenir une érection t’a violée (elle m’a du stimuler…) ; mais au même temps je me pose la question si j’ai fait quelque chose de mal. On en a parlé et jusqu’à aujourd’hui elle ne m’a rien reproché.

Il est curieux comme à partir de cette histoire (a), quelques gens pourraient vite apercevoir la femme comme une victime tandis qu’ils pourraient avoir des soupçons sur l’homme (à cause qu’il s’en souvient pas bien, too much alcool). Si tu es un mec et tu baises avec une fille qu’après ne se souvient pas, tu risques de l’avoir violé ; mais si tu es un mec et c’est toi qui ne se souvient pas, alors tu risques aussi d’être un violeur ! (*)

Supposons pour l’instant que j’identifiai ce cas comme un cas très important pour comprendre ma vie (sexuelle). Ne pas parce que je le pense, mais parce qu’il est utile pour illustrer le point suivant.

Si je prenais cette supposition, alors je courrais le risque de lui donner une interprétation biaisé ; par exemple, si je ne prenais pas en compte un autre cas que j’avais oublié : une agression sexuelle et proposition de prostitution que j’ai subie à l’âge de 11 ou 12 ans [8, 9].

Si on le considère, cet argument serait aussi valide pour tous les autres cas, c’est-à-dire, ma vie. Ma propre interprétation d’un cas peut dépendre aussi des autres cas, même des cas que je puisse avoir oubliés. Si je donnais beaucoup d’importance au cas (a) peut-être je lui attribuerais des réminiscences d’autres cas. Entre d’autres, c’est une chose que j’essaye d’expliquer, pour utiliser une parole à la mode, dans ces histoires du Fractal [10].

Par ailleurs, les agressions ne sont pas seulement sexuelles ; j’ai subi pendant toute ma vie des agressions ou je me suis senti agressé (même qu’on pourrait se demander sur les causes de ce sentiment).

Dans ce texte je raconte quelque agression subie récemment [11] : en spécial un vol avec couteau, menaces, agression et aussi attouchements (par ailleurs, rien que je n’avais déjà subi). Je pourrais essayer d’expliquer mes malheurs à partir de ce cas, mais à mon avis ce ne serait que trouver un bouc émissaire pour une grande partie de mes problèmes.

En plus, je l’interprète ce cas dans un contexte social, économique et politique. De mon point de vue, mon agresseur est aussi Manuel Valls et sa politique raciste de peur et de répression.

Ce ne veut pas dire que je ne pense pas que mes agresseurs m’ont agressé ; ils l’ont fait et ils devraient affronter quelque chose à cette cause ; mais les solutions répressives qu’on me propose ne me satisfassent pas ; elles sont chères et elles n’apportent rien à la société. Autre chose serait qu’ils auraient des autres causes à affronter.

III) Autres réflexions

Toutes ces réflexions n’ont pas le but de décourager les femmes de dénoncer les viols par toutes les voies et de porter plainte. Mon point de vue n’est pas très relevant, mais je pense que c’est une chose très positive qu’elles le font. Je suis pour.

Ceci dit, je pense qu’on devrait parler plus de sexualité. Il faudrait parler de sexualité en général et les problèmes qu’elle peut impliquer. Il me parait que parfois on veut trop simplifier les problèmes en parlant seulement que de viol (par ailleurs, doit-on considérer le viol comme faisant partie de la sexualité ? Il parait que plutôt non).

Les filles et les garçons ont une éducation sexuelle minable, qui est faite pour s’écraser l’un contre l’autre (ou l’un qu’écrase l’autre ; la sexualité des garçons est construite pour jouir, ne pas pour avoir et donner de plaisir). Nous avons tous eu une éducation sexuelle minable. Il faudrait en parler.

En centrant le discours toujours autour du viol, il a des moments où je me demande si on le situe comme la grande et la seule critique de la sexualité. Il parait qu’on reprend toujours la voie répressive ; il pourrait arriver qu’on fasse le problème pire.

Par ailleurs, il y a des témoignages des viols d’un petit ami qu’un jour il a insisté et elle ne savait pas et elle s’est aussi excitée et il a trop insisté et elle s’est sentie contrainte à accepter et puis, 5 ans après, elle a trouvé un psychologue qui lui a dit que c’était un viol et maintenant elle sait lesquels sont tous les problèmes de sa sexualité et qu’il est le responsable… la vie prend un sens plein et tout tient sa réponse… bon, je ne sais pas exactement où les témoignages commencent à rassembler à sortir de Matrix pour rentrer dans une autre Matrix.

Dans ce sens, on peut s’amuser à voire quelques féministes de critiquer une fois et une autre le porno, en faisant une liaison directe avec la culture du viol et les viols. Au même temps, elles ne disent rien (ou très peu) sur la culture du viol dans la pub, dans les films, à la tv, dans les contenus féminins, dans des magazines comme ELLE, Cosmopolite et d’autres je ne sais pas quoi. Elles disent rien ou presque rien de tous ces contenus et messages que dans beaucoup de cas nous sont imposés (à différence du porno, que je regarde quand je veux).

Je pense que le porno peut faire quelque chose, ELLE ferait le reste. Ce sont des contenus contrôlés par des hommes capitalistes ; il faut faire attention.

Ce que je veux souligner est que je pense qu’il faut aussi parler de la culture du viol intériorisée et acceptée par les femmes, inclus par des féministes ! La fille qui m’a raconté cette histoire sur des viols [11], m’a aussi dit : « mais tu pourrais l’avoir baisé et peut-être tu aurais soignée son trauma » (!!!!!!!).

IV) Mon cas N

Par rapport au cas qui nous occupe depuis quelques semaines, mon cas N, la première chose que je peux dire est que dans aucun moment je n’ai pas essayé de l’empêcher de porter plainte, plutôt au contraire, je l’ai encouragé, dans deux occasions (!).

La deuxième est que je ne connais pas l’histoire de cette fille, mais peut-être son histoire peut aider à expliquer un petit peu de ce cas. Si jamais, je suis pour qu’elle porte plainte, pour que toutes les femmes portent plainte dans tous les cas, tous.

Ajoutons un peu de sauce piquante : quand je vois que des féministes acceptent l’aide des hommes capitalistes et ses moyens, je me demande si elles sont en train de faire le jeu à ses politiques : est « osez le féminisme » en train de faire le jeu au « manif pour tous » ?

 

[1] http://jeconnaisunvioleur.tumblr.com/

[2] La nuitée N : https://jordipujolxlopadri.wordpress.com/2013/08/26/la-nuitee-n/

[3] Sur « j’ai pété plombs » : https://jordipujolxlopadri.wordpress.com/2013/09/01/sur-jai-pete-plombs/

[4] Je m’accuse… ! ou presque : https://jordipujolxlopadri.wordpress.com/2013/08/17/je-maccuse-ou-presque/

[5] Un angel caído : https://jordipujolxlopadri.wordpress.com/2013/07/05/un-angel-caido/

[6] “Cliteracy” de Sophia Wallace: tout ce que vous pensiez savoir sur le clitoris est probablement faux

http://www.huffingtonpost.fr/2013/09/01/clitoris-sexe-orgasme-sophia-wallace_n_3851364.html

[7] Ese día que sé que follé, pero no me acuerdo (otra historia “real”): https://jordipujolxlopadri.wordpress.com/2013/06/07/ese-dia-que-se-que-folle-pero-no-me-acuerdo-otra-historia-real/

[8] Tres historietas:  https://jordipujolxlopadri.wordpress.com/2013/05/30/tres-historietas/

[9] Putas del mundo, uníos: https://jordipujolxlopadri.wordpress.com/2013/07/28/putas-del-mundo-unios/

[10] https://jordipujolxlopadri.wordpress.com/2013/07/07/indice-del-fractal/

[11] El amor y otras violaciones; https://jordipujolxlopadri.wordpress.com/2013/06/02/el-amor-y-otras-violaciones/

Advertisements

One thought on “Autour du viol et d’autres

  1. Retroenllaç: Índice-resumen de textos sobre el sistema capitalista-patriarcal | Contes de l'exili

Deixa un comentari

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

Esteu comentant fent servir el compte WordPress.com. Log Out / Canvia )

Twitter picture

Esteu comentant fent servir el compte Twitter. Log Out / Canvia )

Facebook photo

Esteu comentant fent servir el compte Facebook. Log Out / Canvia )

Google+ photo

Esteu comentant fent servir el compte Google+. Log Out / Canvia )

Connecting to %s