Commentaires sur un article de Ceri sur les masculinistes

Prenons cet article republié sur Agoravox : «Les masculinistes, une menace pour les droits des femmes et des enfants » [1]. Ella à raison sur ce point. Sur la totalité de l’article je pourrais faire des remarques positives (assez complet et documenté) et des remarques négatives. Le texte est long, mais je ne veux pas me répandre : je vais faire seulement deux commentaires, plutôt négatifs :

1)    Étant donné que le « masculinisme » apparait comme un problème des pays dits occidentaux (l’Europe, les États-Unis et le Canada), je ne comprends pas pourquoi l’article inclut deux illustrations avec des femmes portant des burkas (je pense que ces sont des burkas, pas niqabs, désolé si je me trompe). Je me demande : quel est le rapport entre les masculinistes et les burkas ? L’objectif des masculinites occidentaux est d’obliger aux femmes de s’habiller avec des burkas ? Ou peut-être ces illustrations veulent nous faire sous-entendre que les masculinistes ambitionnent de faire rétrocéder la société et les droits des femmes ne pas vers un passé occidental plus misogyne et plus machiste, mais vers la pire situation patriarcale de toutes dans l’imaginaire colonial (et français), celle des arabes o musulmans o je ne sais plus : de ces « autres barbares » ? C’est le féminisme islamophobe ?

2)    Reprenons cette affirmation : « C’est amusant, alors qu’on sait que les écoles mixtes sont défavorables aux filles, et qu’en plus celles-ci ont dû s’adapter à une éducation faite par et pour les hommes durant des siècles, aujourd’hui qu’ils commencent à être battus à leur propre jeu, ces messieurs les misogynes veulent en changer les règles. Car, si les filles réussissent mieux à l’école, elles risquent aussi de rafler les meilleurs emplois… ».

C’est trop pour moi. Bref :

  • Si les taux d’échec scolaire sont majeurs pour les garçons que pour les filles dans beaucoup de pays, il faudrait se demander dans quelle mesure ces écoles sont favorables aux garçons et dans quelle mesure elles sont défavorables. Je reviendrai après sur ce sujet.
  • ¿Durant des siècles ? Durant les siècles qu’il y a eu de l’éducation publique ; j’imagine qu’elle veut dire.
  • ¿Etre battus ? Pardon, mais d’après-moi l’objectif de l’éduction publique n’est pas que les élèves se battent, ou il ne devrait pas l’être. Ce susdit féminisme promut la concurrence même entre les mineurs élèves de l’éducation publique ? C’est le féminisme néo-libéral ? Ou le féminisme élitiste français ?
  • Quand on compare les résultats entre les garçons et les filles on doit se demander si c’est les filles qui font mieux ou les mecs qui font pire, c.-à-d., se demander si l’échec scolaire est en train d’augmenter ou de diminuer. Je ne vais pas re-rechercher maintenant les données, mais si mes souvenirs sont correctes le problème est que l’échec scolaire est en train d’augmenter en général et de façon plus accentuée pour les garçons. Je ne vois pas des motives pour se réjouir, au moins que le motif de la réjouissance soit que l’échec des garçons augmente plus rapide que celui des filles.
  • Puis, je ne vois pas qu’est-ce que ce a de féministe qu’une femme adulte crache sur l’échec d’un mineur. ¿Parce que son père ou son grand-père est un misogyne doit-il le payer ? Doit-il payer tous les siècles d’inégalités ? C’est ça ? Parce qu’il est un garçon, un home et donc un misogyne ?

Alors, comment c’est possible que l’échec scolaire soit supérieur pour les garçons que pour les filles si « on sait que les écoles mixtes sont défavorables aux filles » ?

Une réponse possible, celle qui parait implicite par l’auteure, est que les filles font mieux malgré les difficultés parce qu’elles les surmontent grâce à son effort ; elles ont moins d’échec scolaire. Par contre (ce n’est pas dit dans l’article, mais on pourrait trouver des donnés), l’école mixte leur est défavorable dans le sens que les filles sont minoritaires dans les filières scientifique-techniques et à la fin du lycée on trouve que les garçons sont majoritaires dans les universités les plus prestigieuses ou dans des facultés (filières) qui sont associées à une plus grande rémunération à la fin d’études. En conclusion, les filles arrivent à surmonter beaucoup de difficultés (en général elles font mieux que les garçons), mais seulement une minorité peut surmonter les difficultés pour accéder aux élites.

Je pense que cette explication est incorrecte, malgré qu’elle puisse faire ravir à quelque femme. Je vais proposer une hypothèse alternative. Cette hypothèse n’a rien à voir avec les arguments qui parlent de la féminisation des postes d’enseignant (et puis, continue l’argument, c’est défavorable pour les garçons); même que mes préjugés masculins m’inclinent à penser que cette « féminisation » peut avoir quelque effet, je pense que c’est un facteur secondaire, tout à fait mineur, qui nous éloigne de la compréhension du processus actuel.

Mon hypothèse est la suivante : les classes sociales hautes (masculines) sont en train d’expulser les garçons des classes sociales baisses de l’éducation publique. Le féminisme ici est anecdotique ; c’est un processus pro-capitaliste qui est motivé par des hommes, par les élites masculines afin de renforcer son pouvoir. Ce n’est pas d’abord une question de garçons contre des filles, sinon une question de garçons contre garçons ; ou si vous voulez, ce n’est pas d’abord un problème du patriarcat, c’est la lutte de classes. Quel est le rapport entre l’un et l’autre ? Difficile à répondre.

Si on regarde les résultats scolaires et l’incorporation au marché de travail je pense qu’on avance vers un modèle comme suit (avant la crise, peut-être c’est en train de changer) :

  • Une élite minoritaire d’hommes dans les universités et les filières les plus prestigieuses et les travails mieux rémunérés (là, les femmes sont très minoritaires).
  • Une majorité de femmes dans les universités et filières avec moins de reconnaissance sociale et dans des travails avec des rémunérations mineures (là, les hommes sont minoritaires).
  • Une majorité d’hommes avec le lycée fini, mais sans études universitaires (autres formations) et avec des rémunérations au peu près similaires ou supérieures aux femmes qui ont des études universitaires (là, les femmes sont minoritaires avec des salaires plus bas).
  • Un nombre significatif d’hommes sans le lycée fini et dans des travails avec des rémunérations plus faibles.
  • Une minorité de femmes sans le lycée fini avec une forte précarité et salaires très bas (en Espagne les salaires des femmes sont plus polarisés que ceux des hommes).

Evidemment, ces affirmations devraient se compléter avec une étude des taux d’activité, de chômage, de travail à temps partiel, les effets de la maternité et la paternité… (par franges d’âge ; sur ce sujet n’a pas beaucoup de sens de mélanger des gens de 60 ans avec des gens de 20).

Pour finir je vais essayer de mettre en relation le point (1) avec le (2).

Si on regarde les résultats scolaires, l’accès à l’université, l’accès au marché de travail et les rémunérations on observe qu’il y a une forte corrélation entre les niveaux des ascendants (ou le père) avec ceux des descendants. L’échec scolaire est plus élevé pour les enfants qui sont issus de familles plus humbles et c’est plus marqué pour les garçons (c’est la classe sociale).

Mais on trouve aussi une autre donné. En général on trouve que les enfants dont ses parents sont immigrés (hors occident) ont des taux d’échec scolaire plus élevé, de façon significative ; et c’est aussi plus marqué pour les garçons (c’est la caste).

Alors on peut compléter l’hypothèse antérieure : les élites masculines blanches (français de x générations ou issus de l’immigration d’autres pays d’occident) sont en train d’expulser les garçons des classes baisses issues de l’immigration de l’éducation publique.

Avec les filles il serait différent : on leur facilite l’accès à l’éduction publique si elles consentent à s’adapter à ce que les élites masculines leur imposent. Autrement, elles sont aussi expulsées de l’éducation publique (qui a parlé du foulard à la fac ?).

Ce processus répond à l’imaginaire colonial : sauver les pauvres femmes de la misogyne de ces hommes immigrés, ces « autres barbares » qui vont les habiller avec des burkas.

On retrouve donc le modèle un peu déformé de « Belle et la Bête » de Walt Disney, toute une allégorie de l’ascension sociale ; une allégorie qui est fausse, mais qui est reprise de façon implicite dans cet article [1]. L’enfer est pavé de bonnes intentions.

En fin, je ne sais pourquoi je parle. Étant donné les privilèges qui me favorisent, je devrai fermer ma bouche est essayer d’intégrer l’élite masculine qui est au top. Je suis con.

[1] http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/les-masculinistes-une-menace-pour-129124

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One thought on “Commentaires sur un article de Ceri sur les masculinistes

  1. Retroenllaç: Índice-resumen de textos sobre el sistema capitalista-patriarcal | Contes de l'exili

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