« Féminisme » de ELLE, « féminisme » de Cosmopolitan, « féminisme » de multinationale

[en correction / traduction]
Dans cet article, j’analyse un exemple de ce qu’on pourrait appeler « féminisme de multinationale » et qui est si répandu dans les magazines « pour femmes » comme ELLE, Cosmopolitan, Marie-Claire ou Glamour. L’exemple est un court-métrage du festival « Filmfest Notodo » [1]. La vidéo est intitulée «Ressources humaines»:

Le sujet du court-métrage est le sexisme (le machisme) dans le recrutement et dans les relations de travail. À partir des images et du script on peut en déduire qu’il s’agit d’une grande entreprise, probablement d’une multinationale.

A mon avis, plus que féministe, ce court-métrage est machisme ; grande discussion. Ce que je peux assurer, c’est une bêtise démesurée : sous une façade pro-femmes se cache une défense du néolibéralisme sauvage. La vérité est que le pouvoir, les médias ou les grandes entreprises ont beaucoup d’habilité pour prendre des problèmes sociaux et les déformer jusqu’à tout mettre à son faveur.

Tout d’abord, le court-métrage nous montre un « cadre » (un employé?) de ressources humaines comme un machiste et un idiot (par le langage qu’il utilise et parce qu’il est un lourd qui harcèle la réceptionniste): pas étonnant, c’est un problème bien réel se produit dans nombreux postes de travail.

Ce cadre a un entretien d’embauche avec une candidate. Dans cet entretien, nous pouvons identifier deux types de machisme: le machisme de l’employé et celui de l’entreprise. Toutefois, dans le courte-métrage les deux types de machisme sont attribués à l’employé. Voici la première déformation.

Le machisme dans les critères de recrutement, comme la photo sur le CV, l’apparence physique, l’état civil ou la maternité, je ne pense pas qui dérivent du cadre des ressources humaines, mais de la direction de la société ou des actionnaires. Je pense que ce qu’on veut faire est de responsabiliser l’employé des décisions de la direction.

La seconde distorsion est de vouloir faire passer tout par des questions de genre. La photo sur le CV n’est pas un sujet spécifique des femmes. La question sous-jacente est le contrôle de l’entreprise sur l’apparence physique de l’employé/e. Ce n’est pas une question spécifique des femmes. C’est une chose qui affecte les hommes et les femmes différemment (c.-à-imposition d’une robe particulière pour le travail, le maquillage, coupe de cheveux, épilation, rasage, etc.). En général, l’apparence est très importante pour le recrutement. Bien sûr, cela est très critiquable, mais cette critique serait également une critique de l’entreprise et de sa direction, et non seulement de l’attitude du responsable des ressources humaines à propos de cette norme.

À propos de machisme propre du « cadre » je ne vais pas me prolonger, il est très clair: profiter de la précarité et du chômage sur le marché du travail pour obtenir faveurs diverses, voir sexuelles (ainsi, un délit). Si ces “faveurs sexuelles” auraient lieu, elles devraient être considérées comme une agression ou un viol, selon le cas. Il parait que le réalisateur le prend assez à la légère.

Après la présentation et le nœud, passons à la résolution du film. Il révèle que le « cadre » s’est trompé, et que la « candidate » est vraiment une « consultante »
Voir la présentation et le nœud, passez à la résolution du film. Il révèle que l’ambiguïté du directeur des ressources humaines et l’état réel de la prétendue «candidat» est un « consultante » externe. Puis, la réaction de la consultante est de répéter sur lui la violence que il avait exercé sur elle. La prise de pouvoir de la femme est reflétée dans l’us et l’abus de pouvoir. La principale différence est que la violence de la consultante n’a pas de contenu à caractère sexuel.

Je suppose que cette conclusion devrait nous remplir de fierté féminine et féministe. Je me demande si ce qu’elle fait est aussi un délit, car elle cache une information à l’employé qui est de son intérêt et de son ressort.

Analysons cette résolution, c’est n’importe quoi. Ensuite, je vais proposer deux résolutions alternatives pour mieux montrer devant quel sorte de «féminisme» nous sommes, quels sont ses limites et lesquels intérêts il défend.

Ce film montre une société et des relations du travail dans les entreprises où la violence est exercée de haut en bas, avec des spécificités liées au genre. Cette violence n’est pas encadrée par la législation du travail et ne semble pas pouvoir l’être, car en tout temps il est sous-entendu que ces lois ne servent à rien. Ce court-métrage nous dit que les droits des travailleurs/euses sont sans valeur. Dans une quelconque mesure, c’est notre réalité sociale, mais ne pas toujours ; en plus, il y a des gens et des groupes qui tentent de lutter contre cela.

Les relations entre la « réceptionniste », le « cadre » et la « consultante » sont intéressantes. Bien que la réceptionniste souffre impuissante la violence du cadre, la consultante a une attitude malhonnête et violente avec lui. Ce qui semble vouloir indiquer ce courte-métrage est le suivant: si vous êtes une femme et vous ne voulez pas subir la violence de vos employeurs et de vos supérieurs ce que vous devez faire, la solution, la salvation est l’ascension hiérarchique. Ensuite, si vous réussissez, vous ne serez pas censé de respecter les droits du travail de vos subordonnés et vous pourriez utiliser la violence sur eux.

Comme tout le monde ne peut pas grimper dans la hiérarchique, ce que ce court-métrage et cette vision de la société encourage est la concurrence entre les femmes. Le problème est que pas toutes les femmes peuvent devenir une grande consultante (consultante de quatre sous, je dirais, comme la plupart des consultants qui les entreprises achètent pour dire que les licenciements et les réductions de droits sont des décisions techniques). Ce prétendu «féminisme» ne propose aucune solution pour celles qui vont rester dans des positions inférieures, pour les « réceptionnistes ». O si : manger de la merde.

Peut-être, ce court-métrage veut nous faire entendre que la consultante aidera la réceptionniste en vertu d’une prétendue «solidarité universelle» chez les femmes. C’est une supposition très grande, en plus quand en effet ce court-métrage favorise la concurrence entre les femmes. Ma préoccupation serait que la réceptionniste ait ses propres armes pour combattre le sexisme au travail et qu’elle ne dépend pas de la consultante, mais ce n’est que mon opinion.

Enfin, nous devons reconnaitre que la «puissance» de la consultante est assez limité, elle est encore soumisse à un homme et que probablement elle ne pourra pas aider les femmes situés hiérarchiquement au-dessous, même en supposant qu’elle le voulait. Pour cela, nous devons analyser la relation entre la « consultante », le « PDG/general manager/director general » et le « cadre ».

Soyons clairs: en fin, toutes les décisions dépendront du « PDG » (ou peut-être du conseil des actionnaires). La « consultante » n’est qu’une subordonnée, comme le « cadre ». Si le directeur général est celui qui dit qu’il y doit avoir une photo sur le CV ou s’il impose des conditions sur la maternité, quoi? Va dire quoi cette grande consultante-féministe? Quelles ressources a-t-elle ? Rien, aucun.

Il faut noter aussi que le « féminisme » de ce court-métrage n’offre aucune solution pour le possible machisme du PDG. Si le PDG a la même attitude que le cadre, qu’est-ce qu’elle peut faire ? Rien. O oui: manger de la merde.

Pour finir avec « elle »: la consultante est renforcée par le soutien du PDG ; encore ce soi-disant «féministe» tend à caractériser la femme par sa relation avec un homme en particulier. L’objectif de la femme pourrait être alors d’obtenir le soutien de l’homme le plus élevé dans la hiérarchie et non s’autonomie personnelle.

En regardant les rôles du « cadre » et du « PDG », je me demande si le court-métrage veut nous donner à comprendre que le problème du machisme est du « cadre », mais dans aucun cas du « PDG ». Ceci est une tendance qu’on retrouve dans plein de séries, films ou « magazines féminins » (sous control de quelques hommes) : le plus bas dans la hiérarchie sociale un homme est, le plus machiste. De ce point de vue, le machisme serait un problème plus prononcée chez les travailleurs que chez les PDGs.

Une idée complémentaire qui abonde dans ce type de contenu est le suivant: si un salarié est en conflit avec sa supérieure hiérarchique, la faute est du machisme de l’employé mais jamais de l’abus d’autorité de la supérieure. Ce qu’il faut est promouvoir que la supérieure ait plus de pouvoir pour contrôler ces travailleurs machistes.

Par conséquent, il est clair que ce film ne favorise pas seulement la compétition pour l’ascension sociale des femmes, c’est ainsi aussi pour les hommes: quand on devient PDG, on peut faire ce qu’on veut avec les subordonné/es.

Pour toutes ces raisons, j’estime que ce court-métrage a très peu de féministe et que plutôt répond à quelque chose qu’on pourrait peut-être qualifier de néo-machiste. Je suis tenté d’affirmer que ces vidéos sont promues par les PDGs et les actionnaires. Pour ne pas rentrer dans des débats terminologiques stériles, je propose d’appeler «féminisme de multinationale”.

À cet égard, il convient de noter que ce festival est parrainé par la multinationale Jameson Irish Wiskey (premier vendeur de whisky dans le monde [2]) qui à son tour fait partie du groupe Pernod Ricard (un monstre à tentacules mille [3]). La liste complète des sponsors est dans [4].

Il y a un cadre idéal social qui pourrait correspondre aux idées véhiculées dans ce court: au top la “direction” (presque tous des hommes), une majorité de femmes « excellentes » dans les postes intermédiaires et tout au bas le bétail, les hommes et puis les femmes. Les femmes «inférieures» seraient subordonnées aux hommes “inférieurs” comme une mesure d’acheter et de rassurer ces hommes. C’est peut-être une configuration caractéristique d’un « nouveau modèle patriarcal» (si vous permettez à un homme parler du patriarcat).

Dans le cas où vous n’êtes pas toujours convaincus, je vous propose deux finals alternatifs du court-métrage :

* Final alternatif scooby-doo 1: Le « cadre » réponds : «Oui, allons à la réunion, le PDG est mon cousin et nous avons une putaine de bonne relation, il aime aussi les salopettes» ou «oui, nous sommes de grands amis, comment vous pensez que j’ai obtenu le poste? Comment pensez-vous qu’il l’a eu? Et vous, comment l’avez-vous eu?”.

Dans ce cas, quoi? Rien, match nul, tout dépend de la volonté du PDG. Tout finit pour obtenir la faveur de l’homme placé hiérarchiquement en haut.

* Final alternatif scooby-doo 2: Ceci est plus intéressant. Ceci, je le préfère. Dans ce cas, la «candidat» ne se découvre comme une « consultante », mais une militante féministe qui dit: «Je suis membre d’un syndicat féministe radicale no-mixte qui a une très forte mauvaise humeur. J’ai enregistré la conversation. Maintenant, je vais l’accrocher sur Internet et à vous mettre une plainte, à toi et à l’entreprise que vous allez vous faire chier. Ciao beau “. Nous saurions après que la réceptionniste les avait prévenues.

Ce serait une résolution qui pourrait servir n’importe quelle femme, quel que soit son statut social ou d’emploi, en tant qu’on conserve les droits de libre association et syndicalisation. Ce serait une résolution qui pourrait réconcilier le féminisme et les droits des travailleurs/euses (j’imagine). De toute évidence, un court-métrage ainsi ne serait du gout du «féminisme multinationale» et on ne va pas le voir dans ces festivals. L’État ne va pas le promouvoir, non plus.

En conclusion, ce court est un autre exemple de ce «féminisme multinationale» qui ne vise qu’à tous nous pousser vers une course compétitive inégale et violente pour l’ascension sociale et professionnelle. Quoi qu’il en soit, les pauvres celles qui croient à ça !

Post-scriptum: le script et la direction de cette vidéo est d’un homme : Joan Alvarez Lladós. Ne soyez pas offensés, je ne suis qu’un homme à critiquer un autre homme. Il pensait à qui quand il réfère le PGS ? Lui-même ?

Enlaces:
[1] No todo filmfest: http://www.jamesonnotodofilmfest.com/
[2] Jameson Irish Wiskey: http://en.wikipedia.org/wiki/Jameson_Irish_Whiskey
[3] Pernod Ricard: http://en.wikipedia.org/wiki/Pernod_Ricard
[4] Sponsors: http://www.jamesonnotodofilmfest.com/sponsors.html

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