25 novembre élections en Catalogne (2). 2010: Convergència i Unió (CiU) obtient le gouvernement de la Generalitat de Catalunya

L’année 2009 Catalogne est entré en récession, comme bonne partie du monde. On retrouvait les limites d’un modèle de croissance axé sur la construction et les services intensifs en main-d’œuvre.

Le chômage a augmenté de façon spectaculaire : entre 2007 et 2009, le nombre de chômeurs a doublé et le taux de chômage est passé du 6,6% au 16,3% [1, 2]. Jusqu’à ce moment-là, la création d’emplois avait profité de la précarité du marché du travail, des bas salaires et de l’arrivée de force de travail par l’immigration.

La croissance de la demande était soutenue en grande partie par le crédit bancaire et le financement extérieur de l’économie. Catalogne croissait plus que l’Europe, mais en base aux fonds provenant de l’UE. Les déficits commerciaux s’accumulaient. Les prix augmentaient, mais également la rentabilité permettant ainsi des augmentations des salaires nominaux.

La hausse soutenue de l’emploi entretenait l’incrément de la demande intérieure et des recettes fiscales. La dépense publique croissait au rythme des recettes sans générer des déficits. Un exemple significatif de la situation peut être ceci d’un immigrant qui arrivait pour travailler dans la construction et au même temps il achetait une maison s’endettant pour beaucoup d’années grâce au crédit bancaire (ou des caisses d’épargne).

En 2009 le mirage est fini et les problèmes structurels ont ressurgi dans toute sa crudité. Lorsqu’on participe à un marché commun comme l’Union européenne, deux pays où les taux de croissance de la demande intérieure sont très différents vont très facilement accumuler des déséquilibres financiers et commerciaux.

Du point de vue de la Catalogne, il faut noter que les maisons et les immeubles ne sont pas faciles à exporter. Peut-être que l’idée était de vendre à des acheteurs allemands toutes ces chalets et appartements de (…) qu’il y a au littoral à cinquantaine ligne de mer. Peut-être que l’idée en Allemagne était qu’en Catalogne les gens empruntassent dix ans au 2%, pour payer après pendant vingt ou trente ans au 7% (quelle escroquerie!).

En route 2010, le chômage a grimpé et la demande s’est effondrée. Jusqu’à mars 2010, les gouvernements de l’Espagne et de la Catalogne ont pris des mesures de soutien de la demande interne, mais depuis ce moment-là la politique d’austérité dictée par les marchés et par la Troïka est devenue l’ordre du jour. On ne pouvait continuer à cacher que les «partis socialistes» n’avaient rien plus à offrir que le néolibéralisme. C’était le début de la fin du gouvernement Zapatero, bien que Partido Socialista (PSE) s’est accroché au pouvoir jusqu’à novembre 2011, moment où le Partido Popular (PP) a remporté la majorité absolue et a formé un nouveau gouvernement en Espagne.

L’année 2010 a commencé en Catalogne avec la division du « Tripartit » [voir article précédent], fait qui est devenu évident avec les déclarations d’Ernest Maragall [3]. Je crois que la population n’avait pas trop envie de continuer avec cette histoire. Le gouvernement a fini son mandat et des nouvelles élections ont été convoquées.

En juin 2010, le Tribunal Constitucional d’Espagne (TC) s’est prononcé sur les recours d’inconstitutionnalité présentés par le PP (*) à l’Estatut d’autonomia de Catalunya. Bien que la majorité de l’Estatut a resté intacte, les modifications et les interprétations que le TC a forcé ont été considérées comme des “coupures” significatives [4, 5, 6, 7, 8, 9].

En général, le plus commenté a été l’invalidité juridique de la «nation» de la Catalogne ; le TC a résolu que: « La Constitution ne connait que la nation espagnole ». Au-delà de cette déclaration plus symbolique qu’autre chose, le TC invalidait certains contenus importants comme:

• l’obligation de connaitre la langue catalane

• la préférence pour l’utilisation du catalan dans l’administration,

• l’article 111 qui avait pour but «protéger» les compétences de la Generalitat qui sont partagées avec l’Etat

• le contrôle exclusif par le « Síndic de Greuges » sur l’activité du gouvernement et de l’administration (c’est le « défenseur du peuple » devant l’administration et du gouvernement)

• la capacité de légiférer et de réglementer certains impôts locaux

• l’article 206.3 en ce qui concerne le nivellement et la solidarité fiscale (budgétaire) entre les communautés autonomes d’Espagne – « un effort fiscal pareil ».

• l’administration de la justice et de l’indépendance de la justice en Catalogne ; la création du Conseil de Justice de la Catalogne (CJC).

• Les articles 120 et 126 relatifs aux pouvoirs partagés sur la réglementation des caisses d’épargne et des autres institutions financières (articles qu’on devrait regarder dans le détail!)

En fin, si toute la politique autour de l’Estaut pendant sa préparation et s’approbation était lamentable, la résolution du TC a fini pour la transformer en un non-sens total.

Bien que les partis politiques présents au parlement de Catalonia, à l’exception du PP et de « Ciutadans » ont fait une manifestation avec les «présidents de la Catalogne» au début de la marche, tous les débats sur l’Estatut commençaient à trop ressembler une farce politique. Si l’accord entre Zapatero et Mas en 2006 pour le financement de l’Estaut était déjà un geste très bais, le rôle du PSE et du PP avec TC (et son non-renouvellement) a été le point culminant.

Lors que les partis politiques étaient engagés dans des discussions sur la signification ultime du terme «nation» et dans des luttes pour quelques attributions, tous avaient une performance désastreuse et à la fois la Catalogne et l’Espagne s’enfonçaient dans la misère. Avant les élections législatives de 2010, l’héritage politique du Tripartit et du PSC (Partit dels Socialistes de Catalunya) était pratiquement rien. Convergència i Unió (CiU et son leader Artur Mas) a profité de l’occasion : elle n’a pas gagné le parlement par ses propres mérites et sans effort.

Les résultats des élections de 2010 ont été très pénalisants pour les membres du gouvernement. Le Parti socialiste de Catalogne (PSC) s’est effondré avec le pire résultat de son histoire. Esquerra Republicana de Catalunya (ERC) a perdu tout le terrain qu’elle avait acquise depuis 1999. CiU a regagné quelques votes qu’elle avait perdus et elle a réussi à atteindre ce million de personnes qui lui donnent une forte stabilité électorale [voir article précédent].

Après sept ans dans l’opposition, CiU retournait au gouvernement et Artur Mas obtenait la souhaité présidence de la Generalitat. Dans un geste de cette humilité que le caractérise, Mas a déclaré la constitution du « gouvernement des meilleurs », une déclaration qui reproduit bien la vision de la société qui CIU promeut: la permanence d’une élite selecte qui dirige le pays (et que à force de répéter et répéter “catalana” se rapproche dangereusement de la xénophobie).

Comme j’expliquais dans l’article précédent, les résultats de ces élections ne devraient pas être interprétés comme un soutien majoritaire vers CiU, mais comme le désenchantement du peuple avec les partis politiques et la démocratie représentative en Catalogne, en Espagne et en l’UE [10].

[1] http://www.idescat.cat/economia/inec?tc=3&id=5711&dt=200900&x=3&y=12

[2] http://www.idescat.cat/economia/inec?tc=3&id=8204&dt=200700&x=3&y=13

[3] http://www.lavanguardia.com/politica/noticias/20100210/53888204024/ernest-maragall-ve-a-catalunya-fatigada-del-tripartit-y-cree-que-no-sumara-en-las-proximas-eleccione.html

(*) Evidentment, els governs d’Aragó, d’Illes Balears i de Valencia van recórrer les disposicions relatives a l’Arxiu de la Corona d’Aragó, cosa que em sembla molt bé i molt coherent amb la història dels Països Catalans.

[4] http://es.wikipedia.org/wiki/Estatuto_de_autonom%C3%ADa_de_Catalu%C3%B1a_de_2006#Resoluci.C3.B3n_del_Tribunal_Constitucional_sobre_el_recurso_de_inconstitucionalidad_del_Partido_Popular

[5] http://elpais.com/elpais/2010/06/28/actualidad/1277713023_850215.html

[6] http://elpais.com/elpais/2010/07/09/actualidad/1278663425_850215.html

[7] http://www.lavanguardia.com/politica/20100628/53954106148/el-tc-rebaja-las-aspiraciones-de-catalunya-en-lengua-justicia-y-tributos-catalanes.html

[8] http://www.lavanguardia.com/politica/20100628/53954687453/el-tc-avala-la-mayor-parte-del-estatut-pero-recorta-14-articulos.html

[9] http://www.elmundo.es/elmundo/2010/06/28/barcelona/1277745460.html

[10] https://jordipujolxlopadri.wordpress.com/2012/11/21/25-novembre-elections-a-catalogne-1-le-contexte-politique-de-2003-a-2010/

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